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Le grenadier fut importé par les Phéniciens lors de la fondation de
Carthage (814 av. J.-C.). La grenade fut un symbole de Tanit, la déesse
tutélaire de Carthage. Ce fruit généreux, de couleur rouge et aux grains
nombreux, eux-mêmes couleur de
rubis, est lié au sang, à la vie, et à la fécondité.
A Eleusis, les hiérophantes étaient couronnés de branches de grenadier
pendant les Grands Mystères, mais le fruit sacré était
rigoureusement interdit aux initiés car, de par la « faute » de
Perséphone, la grenade symbolisait la descente de l’âme dans la
matière-prison. Sa double nature, symbole de vie et symbole de mort
ou plus exactement du monde souterrain, découle du mythe de Perséphone,
fille de Déméter (Cérès), déesse de l’agriculture, et de Zeus. Celle-ci
fut enlevée par Hadès, dieu des Enfers. Accablée de chagrin, sa mère
cessa de faire fructifier la terre. Zeus envoya alors aux Enfers son
messager Hermès avec la charge de ramener Perséphone à la lumière du
jour. Hadès offrit à la jeune déesse sept grains de grenade. Or, pour
revenir du séjour des morts, il est impératif d’observer une règle,
celle de n’y consommer aucune nourriture ou boisson. Perséphone mangea
une graine et fut condamnée à passer un tiers de l’année avec Hadès aux
Enfers. Elle rejoignait sa mère pendant les deux autres tiers.
Cependant, il est possible que son séjour annuel auprès d’Hadès n’ait
pas été une sanction pour avoir transgressé une loi ou un tabou
alimentaire car il semble en effet que Perséphone ait été consentante
(il ne s’agissait pas d’une ruse d’Hadès) et qu’elle ait mangé la graine
de grenade pour pouvoir demeurer avec son époux et se libérer ainsi de
l’attachement fusionnel de sa mère Déméter.
Les auteurs Jean Chevalier et Alain Gueerbrant font remarquer que ce
grain « rouge et brûlant » venu d’un « fruit infernal » était une
parcelle du feu chtonien que Perséphone volait au profit des humains
chaque fois qu’elle retrouvait Hadè.